Clinique de l’Agencement & Recherche-Action
Mon parcours est une cartographie de territoires explorés entre la terre rouge du Brésil et les institutions françaises. Issue de la Gestalt-thérapie et de la Psychologie Corporelle, j'ai puisé dans la phénoménologie une attention rigoureuse portée à l'ici et maintenant de l'expérience, comme boussole première de la rencontre clinique.
Ma pratique s'ancre dans un apport théorique solide, articulant les structures de la psychopathologie classique, le développement et la psychologie du travail. Loin d'une simple écoute passive, j'amène une réflexion qui injecte du sens théorique pour transformer le vécu institutionnel en levier de soin.
Inspirée par la Psychothérapie Institutionnelle et la psycho-hygiène de José Bleger, mon intervention dépasse le cadre du cabinet. Avec l'accord de l'équipe, j'opère une véritable analyse des flux (institutionnels, relationnels, organisationnels) pour comprendre les agencements en jeu. Cette approche est une immersion dans la pratique vraie. Il s'agit d'intervenir au cœur du quotidien pour dénouer ce qui fige l'institution et faire émerger une ligne de fuite créatrice, restaurant ainsi la puissance d'agir de chaque acteur.
Le sac du cartographe : Manifeste pour une clinique du dehors
Si vous lisez ces lignes, c'est que vous cherchez peut-être un passage, une ouverture dans un système institutionnel parfois saturé ou en souffrance. J'ai tracé cette carte au fil de deux décennies de pratique, entre la terre rouge du Brésil et les institutions médico-sociales françaises. Pour moi, la clinique n'est pas un point d'arrivée statique, mais un "dispositif de passage".
Mon objectif est de documenter une recherche-action sur la production de subjectivité. L'humain n'est pas une entité isolée dans un vide social ; il est le résultat d'un tissage permanent entre des flux affectifs, politiques et désirants. Mon travail vise à comprendre comment, en articulant des savoirs cliniques profonds et des interventions pragmatiques sur le terrain, on peut redonner du mouvement là où l'institution a produit des modes d'existence figés ou répétitifs.
La schizoanalyse ne nous demande pas "qu'est-ce que ça veut dire ?", mais plutôt "comment ça marche ?". Dans ma pratique, l'agencement est une réponse directe à la complexité du réel. J'ai traversé la Gestalt-thérapie, la phénoménologie et la psychologie corporelle pour finalement comprendre qu'aucune théorie isolée ne suffisait à rendre compte d'un territoire social ou d'une souffrance au travail.
Je ne cherche pas à simplifier les situations complexes par des diagnostics hâtifs, mais à connecter les éléments entre eux pour augmenter la puissance d'agir de chacun. Comme le soulignaient les pionniers de la Psychothérapie Institutionnelle (tels que Tosquelles, Chaigneau, Oury), il est illusoire de vouloir soigner les patients si l'on ne soigne pas d'abord l'institution qui les accueille. Le cadre lui-même peut devenir pathogène ; mon rôle est d'aider les équipes à identifier ces "murs invisibles" pour transformer l'établissement en un lieu de vie et de création.
Inspirée par la phénoménologie de Merleau-Ponty, cette étape consiste à suspendre le jugement préétabli pour laisser apparaître ce qui est "là", dans l'ici et maintenant de la rencontre. C'est une écoute du champ qui permet de capter le "climat" émotionnel d'une équipe ou d'un patient avant toute interprétation. En restant dans l'expérience pure, on évite d'étouffer la singularité de la personne sous des étiquettes théoriques.
Nous regardons l'institution comme un ensemble de flux : flux de paroles, flux d'autorité, flux de corps dans l'espace. Si un blocage survient — que ce soit une crise de violence ou un épuisement professionnel — nous ne cherchons pas une "faute individuelle". Nous cherchons l'endroit où le flux est coupé dans la machine sociale. C'est ici que la psychologie du travail nous aide à comprendre comment l'organisation de la tâche impacte la psyché des soignants.
Le sujet n'est pas un arbre rigide avec des racines fixes, il est un rhizome. Mon rôle est de cartographier avec l'équipe les "lignes dures" (les normes, les protocoles qui étouffent) et d'aider à tracer des "lignes de fuite". Une ligne de fuite n'est pas une fuite du réel, c'est au contraire le mouvement créateur qui permet de réinventer sa pratique et de retrouver du désir là où il n'y avait que de l'automatisme.
Le corps porte les empreintes de la santé ou de la pathologie d'une organisation. En utilisant le ressenti corporel comme boussole (transfert et contre-transfert corporel), le clinicien capte les tensions indicibles. Ce "corps-radar" est un outil précieux en analyse des pratiques pour nommer ce qui pèse sur l'équipe mais qui ne peut pas encore être verbalisé.
Reprenant les concepts de José Bleger, je m'attache à l'analyse de la structure des liens. Comment les rôles et les fonctions circulent-ils ? L'institution est-elle un dépôt pour les parts psychiques non gérées ? En analysant ces structures, on protège les professionnels et on offre aux usagers un cadre sécurisant et structurant.
Inspirée par la Psychomagie et l'acte poétique, j'intègre l'idée que la parole et l'analyse intellectuelle ne suffisent pas toujours à débloquer une situation enkystée. Parfois, une rupture symbolique, un geste rituel ou une mise en scène créatrice permet de briser la répétition mortifère. C'est "l'acte qui soigne", celui qui parle directement à l'inconscient institutionnel pour ouvrir un nouvel espace de possibles.
Ce bricolage clinique n'est pas une recette, c'est une éthique. Il n'y a pas de début ni de fin, il n'y a que le voyage, le mouvement et la transformation permanente. Documenter ces processus au cœur du réel, c'est participer à une clinique du devenir. Mon engagement est d'être cette présence qui, tout en garantissant un cadre théorique solide en psychopathologie et psychologie du développement, autorise l'imprévu et la vie à reprendre ses droits dans l'institution.